Dans son discours de vendredi dernier , M. SARKOZY a ainsi défini la crise qui a touché
l'outre-mer début 2009 :
"Une crise sociale. Une crise des structures. Une crise identitaire et donc politique."
UNE CRISE SOCIALE :
Oui si l’on entend par là que les syndicats ont organisé des manifestations .
Non si l’on analyse les composantes de ces manifestations : essentiellement des employés de
l’état ou du para-public, les seuls à s’être mis en grève , les employés du privé ayant continué à aller travailler quand les routes n’étaient pas bloquées et qu’il y avait du carburant
disponible .Une fois de plus , ce sont les privilégiés du système , les fonctionnaires et assimilés , dont l’emploi est garanti , dont les rémunérations bénéficient d’une surprime de 40% , qui
ont hurlé à la » profitation«, ce qui est quand même un comble .
UNE CRISE DES STRUCTURES :
De quelles structures s’agit-il ?
S’agit-il des structures politiques locales ?
Département et Région , après une période de flottement , ont fonctionné selon les normes , même
si je ne partage pas le suivisme des dirigeants de ces instances (suivisme variable selon la collectivité) . Ces deux instances ont même résisté vigoureusement à une tentative de déstabilisation
(l’envahissement du conseil général , empêchant la tenue d’un congrès) visant particulièrement le département (le point faible ) dont le président a eu alors (une fois n’est pas coutume) une
réaction adéquate .
S’agit-il des instances représentatives du patronat ?
Nul ne peut nier que le patronat a été le seul à tenir invariablement le cap dans cette
tourmente : répétant sans cesse que tout n’est pas possible et que ruiner les entreprises c’est enfoncer la Guadeloupe dans la crise et les guadeloupéens dans le chômage . Les faits sont là
pour confirmer cette analyse !
S’agit-il des structures économiques ?
On a pu constater , chaque fois que les carburants étaient disponibles et les routes libres , que
les entreprises se remettaient à fonctionner , leurs salariés à travailler et les consommateurs à se précipiter dans les points de vente .
S’agit-il des partis politiques ?
Alors là , oui ! je reconnais que l’UMP comme le PS , en Guadeloupe , ont été inexistants
.
S’agit-il de l’état ?
Alors là , encore pire : je ne reviendrai pas une fois de plus sur la lamentable prestation
d’un préfet inconsistant , sur le retournement comme d’une peau de lapin d’un sous-ministre « domotisé » , sur le flottement , l’indécision des plus hautes instances de l’exécutif
devant un problème auquel elles n’ont toujours rien compris .
Donc s’il faut réformer des structures , je suggère que l’on commence (à tout seigneur tout
honneur ) , par l’état , que l’on continue par les partis , et ensuite on avisera !
Les présidents de la Ve république avaient , à des degrés divers , une relation
« charnelle » avec l’outre-mer ; M. SARKOZY n’a pas cette relation ; il appartient à une génération qui regarde plus vers l’EUROPE continentale que vers les outre-mer . Dont
acte . Ce n’est sans doute qu’un détail , mais révélateur : parlant du POSEIDOM , il prononce POSEIDON ; c’est que la chose ne lui est pas familière ; en tous cas moins que la
divinité grecque .
Si vous aimez votre femme et que quelques difficultés se font jour dans le couple , lui direz
vous : « chérie , tu fais comme tu veux ; soit tu restes , soit tu te tires , soit on cohabite en menant chacun sa vie de son
côté ?» ; Non , vous lui direz : » chérie , je t’aime et je veux que nos rapports soient à la fois plus intimes et plus harmonieux « . C’est ce deuxième propos que nous
espérons de la France .
Mais M. SARKOZY étant un homme intelligent , il ne tient qu’à lui de se renseigner mieux sur
l’outre-mer pour mieux le comprendre ; encore faudrait-il qu’il puise ses informations à des sources fiables !
UNE CRISE IDENTITAIRE ?
Alors là , on est en plein délire !
Les ultra-marins en général , les guadeloupéens en particulier , ont une conscience très précise
de leur identité ; ils savent parfaitement qu’elle est multiple , racialement et culturellement métisse , riche de ses apports africains , européens , indiens , moyen-orientaux .
Le créole est parlé par toute la population ,
largement usité sur les ondes publiques ou privées ; la musique antillaise est omniprésente sur les radios et télévisions locales , bien représentée en métropole ; nos artistes , nos
écrivains , nos sportifs , sont reconnus tant dans les DOM qu’en hexagone ; s’il arrive que des métropolitains doutent de notre francité , les référendums de 2003 ont affirmé
notre volonté d’être aussi français qu’un niçois (français depuis moins longtemps) ou qu’un habitant de la région parisienne qui , d’ailleurs, est
souvent domien d’origine . Comment serions nous autres que français quand nos enfants , nos frères et sœurs , résident et travaillent en métropole en nombre aussi grand que nous sommes dans les
DOM-TOM ?
Cessez donc , messieurs les gouvernants , d’écouter ces « couillonades »d’une minorité
qui , malgré ses efforts pendant cinquante ans , n’a jamais pu convaincre plus de 5% d’électeurs ; et encore dans ses bons jour ! mais qui s'octroie le droit , du fait de la carence
d'un état qui semble ne pas se sentir légitime , d'imposer ses aigreurs à 95% de la population .
Considérez plutôt cette majorité de citoyens qui confirme , scrutin après scrutin , sa volonté
d’être des citoyens comme les autres , avec les mêmes droits et les mêmes devoirs , fonctionnant avec les mêmes règles et structures politiques .
Il y a aujourd’hui dans les institutions (article 73), toutes les souplesses nécessaires pour permettre les nécessaires adaptations qu’exigent l’éloignement , les différences climatiques , les particularités économiques et géographiques
. Utilisons déjà ces possibilités qui sont aujourd’hui sous employées ; il sera toujours temps d’ajuster quand ce préalable sera rempli
.
Derniers Commentaires